Toujours plus précaires


Entre réduction des moyens et contraintes sécuritaires,
l’étau se resserre sur les pratiques culturelles et artistiques

Rencontre avec Yano Benay de Dédale de Clown

L’étau se resserre

« L’étau se resserre » constate Yano Benay, de l’association Dédale de Clown que nous avons rencontré pour parler des difficultés auxquelles sont confrontées les associations culturelles. Dédale, c’est 3 postes permanents, 3 vacataires et 3 intermittents du spectacle chaque année, auxquels s’ajoute un photographe indépendant. Comme souvent dans le milieu artistique, toutes ces personnes composent une micro-économie affectée autant par les conventions toujours renouvelées à la baisse que par les récentes décisions. On y est « plus nombreux avec moins d’argent » mais ce n’est pas tout à  fait nouveau.

Les contrats aidés ?
Oui, si c’est pour construire des solutions pérennes

En ce qui concerne les contrats aidés, Yano Benay est partagé. Pour lui, ils sont précaires et ne conduisent souvent qu’à  la précarité. Leur fonctionnement n’est pas idéal pour une structure socio-culturelle : au bout d’un an, la personne part et est remplacée. Cela empêche la projection et complique le développement sur le long terme. Il complique de plus la création d’une équipe stable mais également celle d’un lien durable avec les usagers de la structure qui les voient partir au bout d’une saison. C’est un défaut majeur des derniers dispositifs, si on les compare aux Emplois Jeunes qui, étalés sur 5 ans, permettaient aux jeunes de se poser et de créer des projets plus poussés dans la structure. Ces contrats ont d’ailleurs eu de bons résultats : beaucoup débouchaient sur des postes stables ou des opportunités dans le milieu associatif. Nombre de salariés de petites associations brestoises ont démarré en «Emploi-jeune».

Yano Benay ne rejette donc pas tout recours aux contrats aidés : à trois reprises, ces contrats ont permis le développement de l’association, débouchant même sur des postes pérennes. Par ailleurs, la trésorerie apportée a permis à  Dédale de prendre le risque de louer un local, s’ancrant sur un territoire. Le risque majeur de la perte des contrats aidés, c’est que rien ne les remplace alors qu’ils sont vitaux au milieu associatif. En somme, il faut les défendre « pas parce que c’est le mieux mais parce qu’on n’a que ça».

Se regrouper pour résister

Quelle solution aux réductions budgétaires ? Pour Yano Benay, la principale est de « ne pas s’isoler». La force des associations brestoises repose pour lui dans celle du réseau associatif. L’ancienne obligation de se regrouper et de travailler en partenariat pour être reconnus des financeurs a créé une solidarité unique à la ville.
Dédale de clown est aussi affiliée à
deux fédérations : l’Association française des écoles de cirque et la Fédération des arts de la rue en Bretagne (Fédé Breizh). Cela leur permet de se regrouper face à des problématiques communes en un réseau militant. Il ne s’agit pas de s’entendre sur tous les points mais de travailler « en bonne intelligence » en vu d’un intérêt commun.

Parler aux politiques

Il faut aussi aller à la rencontre des politiques. Yano souligne qu’il «tient le coup» car il a vu « l’intérêt d’aller rencontrer les candidats aux gislatives et parler de notre secteur», notamment dans le cadre des actions du collectif «Pays de Brest pour la culture». Il a ainsi pu constater l’ignorance de certains quant aux enjeux du monde associatif en général, et de la culture en particulier. Par exemple au sujet du régime des intermittents, souvent considéré, à tort, comme un statut.

Cette démarche vers les politiques est importante, car selon lui : « Les politiques devraient écouter la parole des artistes et des acteurs socio-culturels car ils sont à l’écoute des gens tous les jours et ont (peut-être) des idées de solutions à proposer. » Ce serait également une manière de revaloriser ces métiers négligés bien qu’ils soient «sociétalement importants».

Comment les attentats continuent à peser sur les artistes

De nouvelles et lourdes contraintes nous arrivent avec le renforcement des mesures de sécurité. Les exigences de la prolongation de l’état d’urgence impliquent des surcoûts conséquents qui impactent surtout les arts de rue et le cirque. La simple installation d’un chapiteau devient alors un casse-tête administratif et financier et des événements se trouvent remis en question. De plus, ces mesures sont inégales sur le territoire, assujetties à l’appréciation du préfet, et peuvent aller de l’annulation à l’absence d’exigences d’une région à l’autre. Contrairement à la sécurité au travail ou à la sécurité incendie, les mesures de sûreté et de prévention n’ont pas de cadre légal précis. Le poids de ces mesures est inégalement réparti.

Malgré les difficultés, ce qui peut être gérable pour un festival est impossible pour des indépendants qui se voient refuser beaucoup de projets par les villes, ce qui touche en particulier les arts de déambulation. Ainsi, une manifestation d’art de rue qui se fondait dans la foule peut maintenant nécessiter que des rues soient fermées ou que du personnel de sécurité en surveille l’accès. En plus d’un cadre fermé, cette restriction pourrait même déboucher à des arts dans la rue avec entrée payante. Ceux qui ont le plus à perdre sont les artistes. Le budget englouti par la sécurité est une somme retirée à l’organisation artistique. De plus, à part pour les grandes manifestations, un fond d’aide est rarement alloué, un handicap lorsque l’on considère que les prestations des forces de l’ordre nécessaires est généralement à la charge des organisateurs.

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