L’engagement au féminin


Dans le cadre du projet la Mixité sex’prime, Natasha Kanapé Fontaine, slameuse et poétesse québécoise, est venue à la rencontre des élèves de Vauban et de l’Iroise, le 8 mars 2016, la journée internationale pour les droits des femmes.
La voix d’une femme Innu

C’est aux sonorités de sa langue maternelle que Natasha Kanapé Fontaine, jeune femme Innue de 25 ans se présente à cette jeune assemblée. Commence alors les nombreuses questions préparées par les élèves impressionnés par l’engagement et le combat que mène la jeune poétesse. Au fil des interventions et des échanges, elle nous dévoile son histoire.

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Natasha Kanapé Fontaine à la médiathèque de Bellevue

Élevée jusqu’à ses 5 ans en innu dans son village (Pessimit), ce n’est qu’en déménageant en ville qu’elle commence à apprendre le français avec ses parents qui interrompent donc toute transmission familiale.

« C’est à l’âge de 16 ans que je me suis rendue compte que je ne parlais plus ma langue mais je la comprenais toujours. Tout n’était pas alors perdue ». Natasha Kanapé Fontaine prend alors conscience de la culture Innu et surtout de la langue avec laquelle elle est venue au monde.

Commence alors son combat pour son peuple et son territoire. « La langue nous préserve en tant que peuple ». Un peuple qui a été victime de la colonisation, de l’exploitation de ses ressources naturelles mais aussi d’une marginalisation forcée dans des réserves. « Il faut être conscient qu’on a tous une culture riche et avoir la force de renaître de ses cendres » s’enthousiaste la jeune slameuse.

Dotée d’une grande sensibilité, Natasha se réapproprie son histoire en tant qu’artiste car même si, au jour d’aujourd’hui, elle ne parle pas encore couramment la langue, elle s’est toujours sentie Innu. Elle nous raconte que petite, elle se trouvait extravagante, voire même trop extravertie : « Chez les Innus, on rit beaucoup et de rien » s’exclame t-elle dans un fou rire. « Je pense comme une Innue, j’ai les traits de personnalité d’une Innue ». Sa démarche artistique est une réelle quête identitaire.

DSC_0014Au sein du peuple Innu, Natasha explique aux lycéens que la femme a un rôle important : « À la base, elle nous transmet le sang, la vie, la mémoire. C’est une force indéniable. Être féministe, c’est une évidence !  ». Il faut savoir se faire respecter et ne subir aucune forme de domination.

Elle décrit son dernier ouvrage Bleuet et abricots, comme « l’affirmation de moi en tant que femme indigène qui revient à la vie et qui prolonge son futur en connaissant son passé. » Elle lit d’ailleurs quelques extraits pour illustrer ses propos et les images dont elle nous parle.

Une affirmation en tant qu’autochtone

C’est à l’âge de 20 ans que Natasha Kanapé Fontaine découvre le slam et qu’elle souhaite à travers ses chants faire un passer un message, des idées et des images. Elle aime jouer avec la musicalité de la langue. Elle est issue d’une génération qui se réveille, d’un peuple Innu qui s’affirme pour lutter contre le racisme. « Mon devoir est de reconnecter les générations entre elles ». Natasha se considère comme « une intervenante sociale dans la société, je veux aller plus loin que le bout de mon nez ! ». Elle décrit sa démarche poétique comme une affirmation de sa personne en tant qu’autochtone. Au delà d’épouser ses sentiments et ses convictions sur papier, le slam lui permet de s’exprimer en public sa façon de penser.

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Natasha Kanapé Fontaine avec les élèves de l’Iroise

Pour terminer cette rencontre, Natasha Kanapé Fontaine termine par un slam qu’elle nous récite avec émotion et conviction, qui parle de son identité et de son peuple trop longtemps resté sur le bas côté.

APPARTÉ

Petit focus émotion concernant l’échange de Nastasha avec les collégiens bretonnants de l’Iroise. Ces derniers lui ont souhaités la bienvenue en breton et avaient traduits quelques uns de ses vers en breton. Séquence inédite et émouvante pour qui la slameuse la pratique de langues minoritaires est tellement importante.

Par ailleurs, la Mixité sex’prime continue : spectacle de la compagnie DEREZO jeudi 10 mars à L cause et vendredi 11 à la médiathèque de Bellevue  et une rencontre avec Laetitia Rouxel à la médiathèque de l’Europe le samedi 12 mars.

Pour aller plus loin :

Natasha Kanapé Fontaine a publié trois recueils de poésie aux éditions québécoise Mémoire d’encrier : N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures (2012), Manifeste Asi (2014) et Bleuets et abricots (2015). Elle tient aussi un blog : natashakanapefontaine.wordpress.com.

Pour (re)découvrir le projet, nous vous invitons à lire nos précédents articles : Table Ronde avec des femmes politiques, Une dessinatrice engagée ou encore les photos prises lors de la représentation de la compagnie Derezo.

 Propos recueillis par Pauline Bodiger

Crédits photos : Hélène Coué

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