Rencontre avec des lecteurs bénévoles


Lire et faire lire est un programme national périscolaire d’ouverture à la lecture intergénérationnelle, porté par la Ligue de l’enseignement et l’UDAF. Alain Peton et Marie-Laure Schutzle sont des bénévoles assidus au sein de l’association, aimant tous les deux lire aux plus jeunes. Nous les avons rencontrés afin qu’ils nous parlent de leur expérience.
Bonjour à vous. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter, depuis combien de temps vous êtes bénévole et dans quelle structure ?

copieAlain Peton : Je suis lecteur bénévole depuis le mois de novembre 2015. J’interviens pour des lectures auprès d’enfants de Grande Section de maternelle (de 4 à 5 ans) à l’école Jean de La Fontaine dans le quartier de Kerourien à Brest. Les séances se déroulent dans le cadre des TAP (Temps d’Activités Périscolaires) auprès de groupes de 4 à 6 enfants.

Marie-Laure Schutzle : Cela fait maintenant 3 ans que je suis bénévole. J’interviens dans le collège de Kerichen, auprès de collégiens âgés de 12 à 15 ans. Je fais des lectures de 30 minutes, à la pause de midi, au sein du CDI (Centre de Documentation et d’Informations).

Comment avez-vous débuté cette aventure ?

A.P : L’année dernière, une ancienne collègue de travail, elle-même bénévole à Lire et faire lire, m’a parlé de ses lectures avec les enfants de maternelle avec beaucoup d’enthousiasme. Mon épouse m’en avait parlé également. Elle avait entendu, à la radio, l’écrivain Alexandre Jardin présenter le projet « Lire et faire lire ». D’autre part, j’ai beaucoup lu à mon fils lorsqu’il était enfant. De plus, lorsqu’il était en classe de CE1 en 1987, l’instituteur, voyant les difficultés de certains élèves en lecture, m’avait demandé ainsi qu’à 2 ou 3 autres parents de participer à un groupe de lecture avec 5 ou 6 enfants. Je leur lisais une histoire et ensuite les enfants la lisaient à leur tour. Cette expérience m’avait intéressé et questionné car j’avais observé qu’il existait des écarts importants entre les enfants d’une même classe dans la maîtrise de la lecture. Dans ma vie professionnelle, j’ai eu maintes fois l’occasion d’encadrer des stagiaires (niveau 3e, bac pro, BTS). Je me suis rendu compte de leurs difficultés à s’exprimer, à lire et comprendre un texte et à rédiger. Arrivé en retraite, j’ai donc souhaité m’investir dans une activité de lecture avec les enfants.

M.L.S : Ça s’est passé un petit peu par hasard pour moi. Je venais de prendre ma retraite et passant dans une bibliothèque municipale, j’ai vu l’affiche de Lire et faire lire qui faisait un appel aux bénévoles. J’ai regardé sur internet ce qu’était l’association car j’en avais jamais entendu parlé. J’ai donc contacté Jacqueline Chevalier (la coordinatrice départementale de Lire et faire lire) qui m’a chaleureusement accueillie (sourire). Ensuite, je suis intervenue où on me l’a proposé. Je n’avais pas d’a priori sur l’endroit ou sur la tranche d’âge auprès de laquelle je souhaitais lire. Cela s’est passé en très peu de temps et j’étais prête à envisager toutes les choses que l’on me proposait. Il y avait donc un projet auprès des collégiens de Kerichen, initié par la documentaliste. Il y avait déjà deux bénévoles prêtes à intervenir, Jacqueline m’a donc proposée de me joindre à elles.

Comment se déroule une séance en votre compagnie ?

M.L.S : Actuellement, j’interviens seule, j’y vais une fois par semaine. L’objet de l’intervention au collège, c’est de lire à des élèves volontaires sur un temps qui n’est pas scolaire : entre 12h50-13h20 après le self. Les élèves s’inscrivent la semaine qui précède. Mes séances sont assez variables et se déroulent au CDI du collège, fermé pour l’occasion. C’est un point d’honneur ! Nous sommes installés en cercle sur des fauteuils. En général, je leur présente ce que je vais leur lire et selon les usages, cela m’arrive de leur demander s’ils ont déjà entendu parler des titres. Il m’arrive même parfois de resituer le contexte de l’histoire mais très rapidement. Puis la lecture suit son cours, en général ils sont attentifs.

En théorie, nous acceptons des élèves de tous les niveaux, c’est libre d’accès. Mais en pratique, ce sont plutôt les élèves de 6e et 5e qui viennent. Les effectifs sont variables. Théoriquement, selon la charte de Lire et faire lire, on peut aller jusqu’à 6. Parfois, c’est descendu jusqu’à 3 puis monté jusqu’à 11. Actuellement, j’en ai une dizaine.

A.P :  Lorsque j’arrive à l’école, les enfants sont en récréation. Certains viennent déjà vers moi car ils ont repéré ma sacoche de livres et veulent savoir ce qu’il y a dedans. À la fin de la récréation, les animatrices et animateurs qui encadrent les TAP, demandent aux enfants s’ils souhaitent écouter des histoires. Il y a souvent 8 ou 10 volontaires mais je préfère limiter le groupe à 4 ou 5. Cependant, il m’est déjà arrivé de lire à un groupe de 14 enfants. Chaque semaine, j’ai un groupe différent mais il arrive que certains enfants reviennent 2 ou 3 fois. À chaque séance, je fais donc connaissance avec de nouveaux enfants. Je commence en me présentant et en leur demandant leurs prénoms. Pour les retenir plus facilement, je leur demande de les écrire sur une feuille de papier. Cela permet de créer un premier lien et un moment de rupture avec la récréation qui précède. Puis, je débute la lecture. Une séance dure environ 30 minutes. En général, j’ai le temps de lire deux albums. Il m’est déjà arrivé de prendre un peu trop de temps pour le premier et de devoir lire rapidement la fin du deuxième. Dans ce cas, pour les enfants et pour moi, c’est assez frustrant. À la fin de la séance, je les raccompagne dans leur classe ou dans leur groupe de TAP.

Marie-Laure Schutzle à réunion de Lire et faire lire

Marie-Laure Schutzle à une réunion de Lire et faire lire

Avez-vous déjà rencontré des difficultés ?

A.P : Au début, j’avais quelques difficultés pour maintenir l’attention des enfants car ils sont très vivants et facilement distraits. Au bout de quelques séances, cela s’est amélioré. Maîtrisant mieux la lecture, je suis parvenu à conserver leur attention. La formation Lire et faire lire sur la gestion d’un groupe d’enfants que j’ai suivie, m’a été très utile. Les conditions matérielles dans lesquelles se déroule l’activité de lecture ne sont pas toujours très favorables. En effet, lorsque nous devons partager une salle d’activités avec un autre groupe, c’est une source de distraction pour les enfants. Lorsque nous sommes dans la bibliothèque, les enfants sont également attirés par les livres se trouvant dans les bacs. Il m’est déjà arrivé, à la fin d’une première lecture, de voir des enfants partir chercher des livres et me demander : « tiens, tu me lis celui-ci ! ». Il est difficile de répondre à cette demande car il est nécessaire de préparer les lectures. Enfin j’ai rencontré une difficulté liée au comportement d’une enfant. Une petite fille a voulu s’asseoir sur mes genoux pour écouter l’histoire. Je lui ai gentiment expliqué que ce n’était pas possible car lorsque je lis une histoire, les enfants doivent être assis en face de moi. Cette question avait été évoquée lors de la formation « Gestion d’un groupe d’enfants ».

M.L.S : Pour certains groupes, il peut y avoir des interactions et ça peut déraper. Par exemple, la semaine dernière, je leur ai lu Les premiers pas sur la Lune. Ils étaient excités et débâtaient sur ce qu’ils savaient. À cet âge-là, ils sont encore dans la période entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Du coup, lorsqu’on parle de la conquête de l’espace, ils rebondissent sur ceux qui ont dit que ça avait été monté de toutes pièces. D’ailleurs pour rebondir sur ça, c’est rigolo mais après Noël, je leur ai demandé ce qu’ils voulaient que je leur lise et sans concertation et unanime, tous m’ont répondu : « Star Wars ! » (rire). Quelquefois, on a l’impression qu’ils ne sont pas très attentifs, mais ça m’est déjà arrivé de leur demander s’ils se souvenaient ce qu’on avait lu la semaine dernière et en fait, on s’aperçoit qu’ils ont bien intégré ce que l’on avait lu, même s’ils montraient le contraire.

Lorsque les groupes sont nombreux, il peut y avoir un peu de chahut. Peut-être, une fois j’étais un peu mal à l’aise lorsqu’à la fin d’une année scolaire, je me suis retrouvée avec seulement 3 élèves fidèles mais qui étaient complètement mutiques. Ils revenaient toutes les semaines mais je n’avais aucune réaction. J’essayais de les interpeler, savoir ce qu’ils préféraient mais je n’avais pas de réponses. Ça restera un mystère.

Qu’est-ce qu’ils aiment lire ?

M.L.S : La mythologie marche toujours bien pour les collégiens, ça c’est rigolo car ils en redemandent. Moi j’aime bien aussi. De façon plus large, ils aiment aussi les contes et légendes de tous pays. Et puis, je leur ai aussi lu des petits romans poche. Il faut environ un quart d’heure pour en lire un, c’est vite lu. J’aime aussi le magazine « Je lis des histoires vraies » pour les 8-12 ans. C’est la biographie d’un personnage connu mais romancée, ça marche assez bien. Y a des choses qui font des flops complets aussi. J’ai essayé une fois « Le Petit prince » et ça a été la catastrophe : « oh, encore le petit prince, y en a marre, c’est pour les bébés » (rire). C’était assez rigolo, ça a été une très forte réaction.

A.P : Ils aiment les albums et les contes. Je me suis rapidement aperçu qu’ils préfèrent les histoires simples avec peu de texte et de grandes images. Je leur propose toutes sortes d’histoires, très différentes les unes des autres, dont les personnages sont des enfants ou des animaux. J’essaye au maximum de varier les lectures. Parfois, je suis surpris de voir que ce qui les intéresse ne correspond pas toujours à ce que j’imaginais. Au niveau des illustrations, j’ai pu observer qu’il est préférable d’aller au plus simple : de grandes images qui attirent le regard. Une fois, je leur ai proposé l’ouvrage d’un auteur japonais avec de très jolies illustrations. Elles ne leur ont pas plu car elles étaient trop détaillées, trop complexes. Lorsqu’il y a plusieurs personnages dans une histoire, il m’est déjà arrivé de donner une voix différente à chacun. Les enfants ont beaucoup aimé cela. A la fin de la lecture, ils me demandaient de faire encore la « grosse voix » pour imiter l’ours (rire). Pour compléter les lectures, faire un temps de pause entre deux histoires et varier les interventions, je leurs lis de petits poèmes adaptés à leur âge. Sur les conseils d’autres bénévoles, j’essayerai de leur proposer des comptines.

Et comment vous choisissez vos lectures ?

A.P : Je cherche des albums dans les médiathèques. Cela prend un certain temps. Il m’est déjà arrivé de demander des conseils aux bibliothécaires. J’utilise également les listes de livres qui m’ont été remises lors de la formation « regard sur la littérature jeunesse contemporaine » proposée par Lire et faire lire. J’y trouve d’autres idées. J’échange aussi avec les autres bénévoles qui me font part de leurs choix et des réactions des enfants.

M.L.S : Après, il faut lire des choses qui nous plaisent. J’ai pris beaucoup de plaisir à relire des livres que j’avais lu à mes enfants. Puis il faut tester, quand on lit à voix haute, on remarque parfois que ça ne passe pas.

Au début, lorsque j’ai commencé, on en avait parlé avec la documentaliste et elle m’avait indiqué certaines lectures. Puis, c’est vrai, je n’avais pas eu de contact depuis longtemps avec des enfants et je n’avais jamais lu à mes enfants à cet âge-là. D’ailleurs, quand je leur ai dit que j’allais lire à des collégiens, ils m’ont dit : «  Mais à cet âge là, on sait lire ! » (rire). Puis, en fait, quand on cherche, j’ai pris beaucoup de plaisir à me demander ce que je pouvais bien leur lire et ce qui pourrait les intéresser.

Alain Peton à une réunion de Lire et faire lire

Alain Peton à une réunion de Lire et faire lire

Qu’est-ce que cela vous apporte sur le plan personnel ?

M.L.S : Ce qui m’a attiré c’était de pouvoir rester en contact avec des enfants à un âge où les miens sont grands et n’ont pas encore d’enfants (rire). Et aussi pouvoir avoir une activité autour du livre. Pour moi, la lecture fait partie de ma vie depuis toute petite, depuis que je sais lire. C’était deux choses essentielles : les enfants et le livre. J’aime aller en bibliothèque, j’aime fouiner dans les livres, j’aime lire à haute voix. Mais je crois que je pourrais envisager de lire à un autre public, à des personnes âgées par exemple. Mais le contact avec les écoles est pour moi très agréable et enrichissant. J’apprécie beaucoup aussi le caractère intergénérationnel : quand je leur raconte l’histoire des premiers pas de l’homme sur la lune, que moi j’ai vu ça à la télé et que je réalise que parfois même leurs parents n’étaient pas nés. J’ai aimé leur raconter qu’en 1969, on avait vu ça à la télé, chez le voisin même car on n’avait pas tous la télé à la maison et voir qu’ils sont une génération où ils ont plusieurs télés à la maison.

A.P : Depuis mon départ en retraite, j’ai souhaité m’investir dans des activités bénévoles et créer un nouveau réseau de relations. Les activités au sein de Lire et faire lire me permettent d’être en contact avec des adultes bénévoles et de redécouvrir les jeunes enfants car je n’ai pas encore de petits-enfants non plus! (rire). La lecture dans le cadre de Lire et faire lire est, pour moi, le moyen de leur permettre de découvrir le plaisir de la lecture, la variété et la richesse des livres et de leur apporter un regard différent sur le monde. Elle est aussi l’occasion pour les enfants d’être en relation avec un adulte extérieur à la famille et à l’école dans le cadre d’une activité plaisante.

M.L : L’accès au livre c’est l’imaginaire, c’est aussi le reflet de la vie, c’est apprendre des choses différentes. Leur en faire profiter avec humilité.

A.P : Depuis la rentrée de janvier, lorsque j’arrive dans la cour avec les autres bénévoles, les enfants viennent vers moi pour me demander de leur lire des histoires. Le temps de lecture représente donc un moment agréable pour eux. Cela me fait plaisir.

M.L : L’association apporte beaucoup : l’invitation à des salons, les formations… c’est la découverte d’un milieu qu’on ne connaissait pas forcément. J’aime beaucoup aussi les sorties nature, je suis complètement fan ! C’est un autre contexte : en plein nature avec les enfants. C’est des plus gros groupes mais ils sont très réceptifs. C’est une rencontre avec la nature, d’autres encadrant et d’autres associations.

Nous vous invitions à consulter des précédents articles en lien avec Lire et faire lire : Salon du livre de Lorient, L’art de conter, Réunion d’informations,  Formation à la lecture à voix haute

Propos recueillis par Pauline Bodiger

Crédits photos : Hélène Coué et Pauline Bodiger

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